La révision de l'arrêté S21, dont les principales orientations sont connues depuis mars 2025, modifie en profondeur les conditions de rémunération du surplus injecté pour les installations photovoltaïques raccordées au réseau en France.
Pour les professionnels comme pour les particuliers, les règles du jeu changent : le surplus injecté sur le réseau ne rapportera plus grand-chose, et la rentabilité d'un projet solaire se joue désormais ailleurs. Voici ce qui change concrètement et comment s'adapter.
Le S21 change les règles : voici ce que ça signifie pour vous
Depuis plusieurs années, les propriétaires d'installations solaires en autoconsommation pouvaient compter sur un tarif d'achat garanti pour le surplus d'énergie injecté sur le réseau. Ce mécanisme de soutien rendait les projets photovoltaïques attractifs, notamment pour les professionnels disposant de hangars ou d'ombrières et les particuliers équipés de quelques kWc sur leur toiture.
La révision de l'arrêté S21 bouscule cet équilibre. Les nouvelles conditions de rémunération changent la façon dont il faut penser un projet solaire. Pour les particuliers qui ont déjà une installation, elles invitent à revoir leur stratégie de consommation. Voici ce qu'il faut comprendre.
À retenir
- L'arrêté S21 fixe les tarifs d'achat de l'énergie injectée pour les installations photovoltaïques jusqu'à 500 kWc en France.
- La révision prévoit la suppression des tranches de puissance et des primes liées à l'autoconsommation, remplacées par un tarif unique autour de 11 €/MWh.
- Ce tarif d'injection très bas rend la vente du surplus peu rentable : l'autoconsommation devient le levier principal de valorisation de la production solaire.
- Les installations de 100 kWc à 500 kWc basculent dans un régime d'appels d'offres, ce qui modifie les conditions d'accès au soutien public.
- Pour les projets existants comme pour les nouveaux, maximiser l'autoconsommation (via les usages, le stockage ou le partage local) est la réponse la plus efficace à ces évolutions.
Les principales modifications du projet d'arrêté révisé
La suppression des tranches de puissance
Aujourd'hui, le tarif d'achat varie selon la puissance de l'installation : les installations inférieures à 9 kWc, celles entre 9 et 36 kWc, celles entre 36 et 100 kWc ne bénéficient pas du même tarif. La révision prévoit de regrouper toutes ces tranches dans un cadre unique, sans distinction de puissance jusqu'à 100 kWc.
La disparition des primes à l'autoconsommation
Les primes calculées en fonction de la puissance installée et liées à l'autoconsommation sont appelées à disparaître.
Ces primes constituaient un complément de rémunération appréciable pour les producteurs ayant fait le choix de consommer une partie de leur production solaire.
Un tarif d'injection unique et très bas
Le nouveau tarif d'injection serait fixé autour de 11 €/MWh (soit 1,1 centime par kWh) sans révision trimestrielle automatique. Ce montant pourrait évoluer ponctuellement sur recommandation de la CRE, mais resterait stable dans le temps. À titre de comparaison, le tarif actuel pour les installations de 9 à 100 kWc est près de quatre fois plus élevé.
Le basculement des 100-500 kWc en appels d'offres
Les installations comprises entre 100 kWc et 500 kWc (notamment les hangars agricoles et les ombrières de parking) basculent dans un régime d'appels d'offres. Ce changement modifie les conditions d'accès au soutien public pour ces projets : ils devront désormais répondre à des critères de sélection compétitifs plutôt que de bénéficier automatiquement d'un tarif garanti.
Ce que ces changements impliquent selon votre profil
Pour un particulier déjà équipé
Si votre installation a été raccordée avant la date d'entrée en vigueur du nouvel arrêté, votre contrat de rachat en cours reste valable jusqu'à son terme. Les évolutions du S21 révisé s'appliquent aux nouvelles installations et aux nouveaux contrats.
Pour un professionnel qui envisage un projet
Un projet de bâtiment équipé de panneaux solaires doit être repensé dans ses hypothèses de rentabilité. Le surplus injecté sur le réseau ne générera plus qu'un revenu symbolique. L'enjeu se déplace vers la maximisation de l'autoconsommation, c'est-à-dire consommer sur place un maximum de l'énergie produite, plutôt que de l'injecter.
Les leviers concrets pour s'adapter
Mieux consommer l'énergie produite, sur place
La réponse la plus directe aux évolutions de l'arrêté S21 est d'augmenter le taux d'autoconsommation. Plusieurs leviers permettent d'y parvenir sans investissement majeur :
- décaler les usages énergivores (lave-linge, lave-vaisselle, recharge de véhicule électrique) aux heures de production solaire,
- équiper son installation d'un système de pilotage intelligent,
- explorer les dispositifs d'autoconsommation collective pour partager la production avec des voisins ou des locataires.
Stocker le surplus d'énergie sur des batteries
Le stockage par batterie est l'autre levier majeur : il permet de valoriser le surplus d’énergie produite en la conservant en journée pour ensuite la consommer en soirée, augmentant significativement le taux d'autoconsommation sans injecter le surplus à un tarif peu valorisant. Pour les installations de puissance moyenne, c'est aujourd'hui la réponse technique la plus efficace à la baisse du tarif d'injection.
Ce qui ne change pas : les fondamentaux du solaire restent solides
L'arrêté S21 révisé modifie les conditions de rémunération du surplus, mais ne remet pas en cause la pertinence économique du solaire. Le prix de l'électricité du réseau reste élevé, et chaque kWh autoconsommé évite d'en acheter un à ce prix. C'est là que se joue la rentabilité d'une installation : pas dans la revente, mais dans la capacité à produire et consommer sa propre énergie.
Les projets bien dimensionnés, orientés vers une forte autoconsommation, restent solides dans ce nouveau cadre. Et pour ceux qui anticipent dès maintenant (en ajustant leurs usages, en explorant le stockage ou l'autoconsommation collective), le solaire continue de représenter un levier efficace de maîtrise des coûts énergétiques sur le long terme.
FAQ - Pour aller plus loin
Mon installation actuelle est-elle concernée par la révision du S21 ?
Non, si votre installation bénéficie d'un contrat de rachat en cours signé avant la date d'application du nouvel arrêté. Les conditions de votre contrat restent valables jusqu'à son terme, généralement 20 ans à partir du raccordement.
À partir de quelle date les nouvelles conditions s'appliquent-elles ?
Les orientations du projet d'arrêté révisé ont été rendues publiques en mars 2025, mais la date d'entrée en vigueur définitive dépend de la publication au Journal Officiel. Il est recommandé de suivre les évolutions réglementaires avant de finaliser un nouveau projet.
Les installations de moins de 9 kWc sont-elles aussi concernées ?
Oui. Le projet d'arrêté prévoit un cadre unique sans distinction de puissance jusqu'à 100 kWc, ce qui inclut les petites installations résidentielles. Les conditions de rémunération du surplus évoluent donc pour tous les producteurs dans cette tranche.
Faut-il attendre avant de lancer un projet solaire ?
Pas nécessairement. La rentabilité d'une installation photovoltaïque repose aujourd'hui davantage sur l'autoconsommation que sur la revente du surplus. Les projets bien dimensionnés, orientés vers une forte autoconsommation, restent pertinents dans le nouveau cadre réglementaire.