Avec le projet d’arrêté S21 et la baisse du tarif d’injection à 1,1 c€/kWh, l’autoconsommation et le stockage deviennent essentiels pour préserver la rentabilité des projets photovoltaïques.
Le projet d'arrêté S21 est sur la table. Le tarif d'injection pour les installations de 9 à 100 kWc passerait de 4,7 c€/kWh à 1,1 c€/kWh, soit une division par plus de douze.
Pour les bureaux d'études et les développeurs de projets, ce signal impose une révision complète des hypothèses de dimensionnement et de rentabilité. Le modèle historique (production maximisée, surplus injecté à tarif garanti) n'est plus viable. La réponse technique existe : elle repose sur l'intégration du stockage dès les études d'avant-projet, avant tout choix d'onduleur, de topologie ou de puissance crête.
S21 et tarif d'injection à 1,1 c€/kWh : ce que ça change dans le dimensionnement et le calcul de TRI
Un modèle de financement à reconstruire
Jusqu'ici, le dimensionnement d'une installation de 9 à 100 kWc reposait sur une logique de maximisation de la production brute :
- puissance crête calée sur la surface disponible,
- orientation et inclinaison optimisées pour le gisement solaire local,
- plan de financement adossé à la combinaison autoconsommation + revente du surplus au tarif garanti.
À 4,7 c€/kWh, ce surplus représentait un flux de revenus réel, intégré dans les calculs de TRI et de temps de retour sur investissement.
L'impact chiffré sur le TRI
À 1,1 c€/kWh, ce flux devient négligeable. Sur une installation de 100 kWc produisant 100 000 kWh/an avec un taux d'autoconsommation de 40 %, les 60 000 kWh injectés génèrent désormais 660 € de revenus annuels contre 2 820 € auparavant.
L'impact sur le TRI est direct et significatif. Le paramètre à optimiser n'est plus la production totale, mais le taux d'autoconsommation, ce qui modifie en profondeur la logique de dimensionnement de l'ensemble du système.
Taux d'autoconsommation vs tarif d'injection : comment recalculer la rentabilité d'un projet solaire avec stockage
Le problème du foisonnement production/consommation
Sans stockage, le taux d'autoconsommation d'une installation tertiaire ou industrielle se situe typiquement entre 30 et 50 %, selon la forme de la courbe de charge du site. Les pics de production solaire (10h-15h) coïncident rarement avec les pics de soutirage, ce qui génère d'importants surplus en milieu de journée, précisément là où la valorisation en injection sera la plus faible.
Le différentiel de valorisation : un facteur 15 à 20
L'intégration d'un système de stockage correctement dimensionné permet de porter ce taux à 70-90 % selon les profils. Chaque kWh autoconsommé supplémentaire est valorisé au prix de l'électricité évitée (entre 15 et 25 c€/kWh selon les contrats) contre 1,1 c€ en injection. Sur un volume de 30 000 kWh déplacés de l'injection vers l'autoconsommation, le gain annuel dépasse 4 000 € à périmètre constant, avant même de comptabiliser les économies liées au peak shaving.
La modélisation comme prérequis
La modélisation doit s'appuyer sur des courbes de charge horaires sur douze mois minimum (idéalement sur des données de comptage demi-horaire issues du gestionnaire de réseau ou d'un sous-comptage interne) croisées avec des données de production simulées via des outils de type PVsyst. C'est cette analyse qui détermine la capacité de stockage optimale, le seuil de puissance de charge/décharge et la stratégie de dispatch à retenir.
Dimensionnement, chimie LFP, onduleur hybride et stratégie de dispatch : les clés d'une intégration réussie dès la conception
Pourquoi la chimie LFP s'impose pour le stockage stationnaire
Le choix technologique de la batterie conditionne l'ensemble de l'architecture système. La chimie LFP s'impose comme référence pour le stockage stationnaire industriel :
- stabilité thermique élevée,
- profondeur de décharge utilisable de 90 à 95 %,
- durée de vie de 3 000 à 6 000 cycles à 80 % de capacité résiduelle selon les fabricants,
- et coûts désormais compris entre 150 et 200 €/kWh installé pour des systèmes de puissance moyenne.
Dimensionner la batterie : une affaire de simulation avant tout
Le dimensionnement de la capacité doit résulter de la simulation du dispatch énergétique. Un surdimensionnement par rapport aux besoins réels du site dégrade le TRI sans améliorer le taux d'autoconsommation. La capacité utile cible correspond généralement à 1 à 2 heures de puissance crête PV, ajustée selon le profil de charge nocturne et les éventuels objectifs de peak shaving.
Onduleur hybride ou BESS autonome : quelle topologie choisir ?
Sur le plan de l'architecture électrique, l'onduleur hybride (couplant champ PV, batterie et réseau AC sur un même équipement) est à privilégier pour les installations jusqu'à 100 kWc. Il réduit les pertes de conversion DC/AC/DC inhérentes aux architectures à couplage alternatif et simplifie la supervision.
Au-delà, les systèmes BESS autonomes avec convertisseur bidirectionnel dédié offrent davantage de flexibilité pour les stratégies avancées : participation aux services système, effacement diffus, arbitrage tarifaire sur les heures creuses/pleines.

Stratégie de dispatch et pilotage prédictif
La stratégie de dispatch doit être définie dès la conception. Un algorithme de gestion simple (charge prioritaire en surplus solaire, décharge sur les pics de soutirage) convient pour la majorité des sites.
Pour les installations soumises à une tarification dynamique ou disposant d'une puissance souscrite élevée, des stratégies de pilotage prédictif intégrant des prévisions météo J+1 et des courbes de charge anticipées permettent d'optimiser significativement la performance économique. Ces fonctions sont désormais intégrées nativement dans la plupart des systèmes de supervision SCADA dédiés au stockage industriel.
Raccordement et instruction réseau : anticiper les délais
L'intégration du stockage implique une revue complète du schéma électrique HTA/BT du site :
- calibrage des protections,
- vérification de la puissance de court-circuit au point de raccordement,
- instruction préalable auprès du gestionnaire de réseau sur les conditions d'injection avec stockage couplé.
Ces démarches, longues de plusieurs mois, doivent être anticipées dès la phase d'études.
LCOE, TVA réduite, PPA et marchés de capacité : structurer le financement d'un projet PV+stockage post-S21
Analyser le coût sur la durée de vie complète du système
Le surcoût d'une installation PV avec stockage intégré doit s'analyser sur la durée de vie complète du système : vingt ans pour le champ PV, dix à quinze ans pour la batterie selon la chimie et la stratégie d'exploitation.
Sur cet horizon, le coût actualisé de l'énergie autoconsommée (LCOE autoconsommation) d'un système PV+stockage bien dimensionné reste inférieur au prix de l'électricité réseau pour la grande majorité des profils industriels et tertiaires.
Les dispositifs de financement à mobiliser
Plusieurs leviers permettent d'améliorer le business case :
- la TVA réduite à 5,5 % sur les batteries couplées à des installations de moins de 100 kWc, recommandée par le rapport Tuot-Levy ;
- les aides régionales à l'investissement EnR ;
- et le recours aux contrats PPA avec stockage intégré, qui permettent de transférer le risque technologique à un opérateur tiers tout en sécurisant le prix de l'énergie autoconsommée sur la durée du contrat.
Marchés de capacité et services système : les revenus complémentaires à ne pas négliger
Pour les installations dépassant certains seuils de puissance, l'accès aux marchés de capacité et aux mécanismes d'effacement constitue un levier de revenus complémentaire, à condition que le système de supervision soit compatible avec les exigences de RTE en matière de téléconduite et de reporting.
Conclusion
En résumé, le S21 ne pénalise pas directement le solaire, mais reconfigure ses règles du jeu. Les projets qui intègreront le stockage comme variable de conception à part entière, et non comme option à étudier en fin de projet, seront les mieux positionnés pour maintenir des TRI compétitifs dans ce nouveau cadre réglementaire.